Chypre et moi

Alors que certains veulent construire un nouveau mur, d’autres envisagent la possibilité de peut-être réunifier deux territoires jusqu’ici séparés. Nicosie est aujourd’hui la dernière capitale au monde à être coupée en deux par un mur. Et ça fait tâche…

Petit point historique

La République de Chypre a acquis son indépendance du Royaume-Uni en 1960, mené par l’archevêque Makarios. Deux bases militaires britanniques ont été maintenues, mais surtout, compte tenu de l’histoire de l’île, la Grèce, la Turquie et le Royaume Uni furent nommés comme puissances garantes.

A l’époque, la population était composée à 82% de grecs, et à 18% de turcs. Malgré une intégration, voire même une surreprésentation, des chypriotes turcs dans les institutions du pays, des tensions ont commencé à se faire sentir et des affrontements éclatèrent. En 1964, a donc été mis en place la Force des Nations Unies Chargées du Maintien de la Paix à Chypre (UNFICYP) pour gérer la situation.

L’élément déclencheur fut le coup d’état orchestré en 1974 indirectement par la junte militaire au pouvoir en Grèce, et directement par un groupe favorable à l’Enosis.

Enosis = « Union » en grec, nom de l’union politique entre la Grèce et Chypre voulue par certains grecs et certains chypriotes après la colonisation britannique.

Cet événement a motivé l’entrée sur le territoire chypriote de l’armée turque en tant que garant des accords de 1960, puis l’occupation de plus d’un tiers de l’île afin de protéger les chypriotes turcs. S’en sont suivis des grands mouvements de population, et la création d’une zone tampon entre le Nord et le Sud sous contrôle des Nations Unies. En 1983 la partie Nord s’est unilatéralement déclarée République turque de Chypre du Nord.

Où on est aujourd’hui

A l’heure actuelle Chypre, et sa capitale Nicosie, est traversée par la « Ligne Verte », longue de 180km. La partie Nord compte 3 300km² pour 250 000 habitants, et la partie Sud 5 800km² pour 800 000 habitants.

Chypre fait officiellement partie de l’Union Européenne depuis 2004 et de la zone Euro depuis 2008, mais cela ne s’applique qu’à la partie Sud de l’île.

D’un point de vue économique, la République turque de Chypre du Nord dépend d’Ankara, et n’est de toute façon reconnue que par la Turquie (qui elle ne reconnait pas la République chypriote). Néanmoins, au cours des quinze dernières années on a assisté à une relative ouverture de la frontière, et de nombreux habitants du nord vont ainsi travailler au sud de l’île.

Cette situation, en place depuis plus de 40 ans, tend à s’enliser et pose de nombreux problèmes :

  • La délimitation de la Zone Économique Exclusive de Chypre, qui est contestée par la Turquie, ainsi que l’exploitation des ressources énergétiques qui en résultent
  • L’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne bloquée, entre autres, par la situation chypriote
  • La présence de deux bases militaires souveraines britanniques, Akrotiri et Dhekelia, des suites de l’indépendance

Vers l’unification ?

Une telle situation en plein cœur de l’Europe gêne, et régulièrement on assiste à des sommets ou des rencontres dans le but d’arriver à un accord et à une « unification » de l’île. Après plusieurs décennies de séparation ce n’est de toute évidence pas chose facile.

En 2004 l’ONU a proposé le Plan Annan pour un État fédéral bicommunautaire, selon lequel la Turquie devait notamment céder une partie des terres à la République de Chypre et retirer ses troupes armées. Un référendum a eu lieu des deux côtés de l’île, peu avant son entrée dans l’Union Européenne, à la grande surprise des européanistes, les chypriotes grecs ont refusé le plan à 75%.

Plus récemment, en décembre 2015, John Kerry affirmait que la perspective de la réunification constituait pour lui et Obama une priorité. Ils ont néanmoins quitté la Maison Blanche sans que le problème soit réglé.

En Janvier 2017, les dirigeants des deux communautés, ainsi que des représentants turcs, grecs et britanniques, se sont réunis à Genève, sous la supervision de l’ONU, afin de parvenir à un accord. C’était également le premier déplacement officiel du nouveau secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

Les points abordés :

  • La rétrocession d’une partie des territoires par les chypriotes turcs, se trouvant à l’ouest et à l’est de la ligne verte
  • Un possible droit du sol pour les chypriotes turcs étant nés sur l’île
  • La possible réinstallation des chypriotes grecs, le souhaitant, dans la partie nord
  • Le départ des 30 000 soldats turcs présents sur l’île, ce que refuse fermement Ankara qui voit leur maintien comme un gage de sécurité
  • La restitution de près de la moitié du territoire occupé par les bases militaires britanniques

Même si tout le monde semble saluer un climat favorable aux discussions, après trois jours de négociation aucun accord n’a été signé. Chaque partie a assuré sa volonté de continuer à travailler pour un accord sur la réunification. Néanmoins, comme la Colombie a pu nous le démontrer, la solution devra être avant tout acceptée par les deux populations, ce qui risque d’être difficile.

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Les compléments :

Sur la rencontre de janvier 2017 : http://www.tdg.ch/news/news/guterres-demande-attendre-miracles/story/13018462

Dossier de la documentation française sur Chypre : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000017-chypre-vers-la-reunification

Emission de Le dessous des cartes : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/chypre-a-la-presidence-de-l-union

Roman de Victoria Hislop sur le sujet : La Ville orpheline

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